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Vie quotidienne

La justice jadis à Toulouse

Écrit par Administrateur. Posted in Vie quotidienne

 

La justice jadis à Toulouse

 

                                                       Ecrit par Yolande de Bruzerolles le 9 mars 2018

 

De temps à autre, la chine réserve bien des surprises ; que ce soit au hasard d’une visite dans une brocante, voire chez un antiquaire ou encore dans un de ces vides greniers si répandus, un livre nous attend parfois sagement rangé sur une étagère de fortune à moins qu’il ne gise perdu au fond d’une caisse, ses pages ouvertes et offertes aux intempéries. Une main charitable se baisse, le saisit, le feuillette sagement, l’intéressé accepte la modeste prétention du vendeur ravi d’encaisser quelques euros, et ainsi, il repart doter d’un nouveau intérêt qui fera la joie de son nouveau propriétaire.

  L’ouvrage dont sont extraits quelques jugements anecdotiques et parfois insolites de l’ancienne cour de justice de la ville rose, s’il méritait peut-être un meilleur prix, doit à son ou ses anciens propriétaires de l’avoir bien conservé à l’abri comme on a coutume de dire « des outrages du temps ». A part quelques rousseurs, il s’avère propre et en bon état. Il s’agit donc de la seconde édition des Arrêtés notables du Parlement de Toulouse recueillis par Messire Bernard de la Roche Flavin, et imprimé chez N. Caranove à la Bible d’Or à Toulouse en 1745.

  Meurtres, exécutions, rapines, viols, bestialité, adultère, sorcellerie et même lycanthropie sont jugés sans appel dans des conditions insolites du plus haut intérêt… Restons attentifs et sérieux sur les bancs :

  « Un nommé Drapeaux, insensé, fut brûlé vif pour avoir fait tomber l’image de Notre Dame dans la grande église de Paris en l’an 1548 ; Soit… L’an après le dénommé Caboche troublé de bon entendement pour avoir dégainé son épée en pleine rue contre le Roi Henri II, fut mis en prison là où il se pendit par les génitoires ce qui ne l’empêcha point d’être remis en prison et d’être condamné ce coup-ci à être pendu par le col..." c’était peut-être là l’invention de la double peine… Ce que ne put confirmer un petit compagnon natif de Remense en Espagne qui «... poursuivant fébrilement une Seignore qui méprisait sa ville condition d’homme lui mit en tête de devenir roi, donc digne de la duena ; le petit homme fol le crut et guetta Ferdinand Roi d’Aragon et de Castille, l’ayant rencontré se fourra parmi les soldats de sa garde et donna du tranchant de l’épée le monarque-qui d’ailleurs s’en releva, -quitte pour une bonne migraine- tandis que le pauvre malheureux jugé à juste titre insensé par les médecins fut quand même condamné à être tenaillé avant de recevoir sur le chef une couronne ardente, le sacrant ainsi Roy des fols » ; gageons que ce coup-là il le devint totalement…

 Nous venons de lire les Arrétés V ET VI. Le VII, quant à lui nous porte sur les nuages pas toujours paisibles de la folie ordinaire ou non :

 «... Il y a plusieurs espèces de fols mélancholiques, comme leurs rêveries et persuasion sont diverses... » : ici on nous conte l’exemple d’un pauvre hère qui de ce temps passait le plus clair de son temps à parcourir les chemins et sentiers du Royaume, pieds nus et menant une vie austère, vêtu d’une robe courte sans chemise et donc sans pantalons, sans bonnet item, trainât une longue perruque sur les épaules avec une grande barbe jusqu’à la ceinture"... qui le faisait appeler Jean l’Evangéliste, lequel les Echevins de Bordeaux se contenterons de chasser de leur ville après l’avoir tondu et fait barbe ras... » Là où les sages habitants de la cité girondine avaient fait preuve de mansuétude, les juges de Toulouse à qui l’on avait rapporté des paroles injurieuses et scandaleuses proférées contre le St Sacrement, le condamnèrent à la prison perpétuelle dans la plus haute tour du Palais ; las, certainement furieux de cette privation de liberté de manifestation, il mit le feu à la paille de sa litière et par Arrêt donné en vacation en 1552, il fut condamné à être brûlé vif, la langue coupée aux portes de sa prison. Ne rions pas : « Au supplice comme peu à peu le feu le surprennoit, il souffla les flammes autour de soi, pensant avoir la puissance d’éteindre le feu par la fermeté de la foi, ou plutôt rêverie et mélancholie… »

 La bestialité,  nommée de nos jours  zoophilie n’était pas très bien vue par les juges jadis. Ainsi en l’An 1525, le 24 jour d’Août, une nommée N. a été brulé avec un chien au pré des sept Deniers à Toulouse : «... En fait de crime de luxure abominable qu’on appelle bestialité à cause qu’il se commet avec les bêtes, on a accoutumé de faire mourir la bête du même supplice dont on puni la personne qui a commis le crime… » On sait que bien souvent, l’accusation était bien pratique pour se débarrasser à bon compte du maître…

 Les homicides étaient jugés sans circonstances atténuantes : « Une femme de St Georges, mariée avec un charretier qui s’enyvroit ordinairement et maltraitoit sa femme, le jour de Carême prenant fut la nuit la voulut maltraiter… » Se saisissant d’une poêle sur le feu elle se défendit et en pensant estourbir son mari, en fait le terrassa roide mort sur le carreau…Elle le veilla toute la nuit entouré de ses enfants et le petit matin on la trouva ainsi, certainement contrite de s’être ainsi défendue un peu fermement ; malgré les circonstances et reconnaissant que le rustre la tourmentait sans cesse et de préférence après quelques bonnes pintes vidées et nuitamment de surcroit, et bien elle fut quand même condamnée à mort après le partage de ses biens.

 Du confort de ces Messieurs de Justice :

 « Le quinzième Octobre mil cinq cens vingt-trois, l’échafaud et pillori à exécuter à mort estoit à la place du Salin à Toulouse, lequel fut abattu, et transféré à la Place St Georges, pour en lieu faire dresser une fontaine, ce qui n’a été fait ; mais l’occasion principale en fut, afin que les Sieurs de la Cour entrans ou sortans du Palais, ne vissent l’exécution de ceux qu’ils avoient comdamnez le même jour… » Voilà pour ces machines à supplice qu’on ne saurait souffrir d’apercevoir, mais Il faut dire aussi que le spectacle des gibets n’était guère ragoutant et que les fourches patibulaires disposées, qu’elles soient à deux, trois, quatre, voire six piliers, suivant le rang de ceux qui les érigeaient avaient de telles nuisances que de préférence on les disposait loin des yeux…

L’inceste

Le 12 jour de février 15636 a été donné Arrêt criminel, par lequel, la mère et le fils, pour avoir abusé ensemble, et en participation l’un avec l’autre, ont été comdamné à être brûlez ; Et pour ce que la mère étoit morte les os serpoient décharnés et brûlés avec le fils, ce qui a été exécuté à Toulouse."

 Arrêté IV

"Un autre paysan près Nancelle en Rouergue, revenant de quelque lieux hors de sa maison, ne trouvant point femme en icelle et ayant entendu qu’elle festoyoit les Prêtres du lieu auxquels elle avoit ce jour prié Dieu pour les trépassés, comme la coutume en est en dis pays ; le mari transporté de colère et de fureur, procédant de jalousie ou autrement, avec une hache trancha la tête à deux de ses petites filles, dont l’ainée n’avoit atteint dix ans, sans pouvoir être emu des plaintes et amadouements plus qu’humains de la puisnée, voyant le spectacle cde l’ainée, embrassant son père à la jambe, sans l’en pouvoir tirer que force, criant toujoursen ces mots : Ha mi papa que vous ay jou fayt ? Comme il accorda depuis en son audition : de quoy prevenu, par Arrêt fut comdamné à être mis à quatre quartiers, et la tête dernière, et exécuté..."