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Histoire

Aude St-Polycarpe, les Mémoires Curieuses d'Audibert

Écrit par Administrateur.

 

  Aude : Les « Mémoires Curieuses » d’Audibert, curé de Saint-Polycarpe  

                                                                                                                                                                                               Ecrit par Michel Azens le 5 mai 2018

 

Les anciens registres paroissiaux représentent tant pour l’histoire locale que pour l’histoire générale un intérêt certain. Rédigés par les recteurs et les curés des paroisses, ils recèlent parfois des anecdotes insolites dignes d’être relatées. Ainsi, comme le disait M Louis de Narbonne dans la Revue des Pyrénées (1890 p 4), le rédacteur des actes devient souvent sans qu’il s’en doute, un véritable historien plein de naturel. Témoin fidèle tel on va le voir le Curé de St-Polycarpe, Audibert. En couchant avec sa plume curieuse ses notes de 1706 à 1713, il nous livre un témoignage renfermant des faits curieux qui dépassent de loin l’intérêt de la simple histoire locale…

 Au début de ses mémoires, il nous parle de la fameuse éclipse de soleil qui eut lieu le 2 mai 1706 à neuf heures du matin : « Pendant un gros quart d’heure » le village de Saint-Polycarpe se trouva plongé dans l’obscurité, « à peu près comme pendant l’été à la minuit lorsque le temps est serin, et on voyait quand même les étoiles » Le phénomène, dit Audibert, effraya bien des gens, même parmi ceux qui s’y attendaient et « n’ignoraient pas que c’est une chose naturelle » Diable, gageons qu’il y avait peu de gens instruits de ce phénomène et que l’on dut se signer à moultes reprises dans les pauvres chaumières… Par contre le triste accident qui coûta la vie à 25 personnes à Limoux lors de l’effondrement d’un bâtiment municipal à huit arceaux du 21 octobre 1712 était-il dû au froid, voire à la négligence des ouvriers transis ? L’anecdote suivante ne manque pas de piquant et même Si elle ne fut point relatée dans l’Histoire du Languedoc, mais dans l’ouvrage récent de M Baudrillart sur Philippe V d’Espagne et la Cour de Madrid : c’est durant la guerre de la succession d’Espagne engagée depuis six ans et battant son plein que Philippe V assiégeant Barcelone qui s’était révoltée au profit de son concurrent au trône, l’Archiduc Charles d’Autriche proclamé roi sous le nom de Charles III et soutenu par les ligues, fut amené à lever le siège ; notre curé note scrupuleusement : « Philippe Quint à la faveur de l’obscurité quitta en décampant le dit siège, et fut contraint de venir passer par Narbonne, Toulouse, Pampelune, pour s’en retourner à Madrid… » Malepeste, quel détour, le Monarque et sa suite de durent pas être fâchés de retrouver leurs pénates !

  Le reste du document est un morceau d’histoire économique des plus intéressants : Souvenons-nous du terrible hiver de 1709 et les désastres qu’il provoqua dans tout le royaume. Il est dit que l’on sortait alors d’une surproduction agricole et que les denrées fort abondantes déstabilisèrent les prix de telle sorte que même le vin se trouvait en telle quantité que les propriétaires « n’y retrouvèrent pas leurs frais, et laissèrent leurs raisins sur souche jusqu’à la Saint-Martin (10 novembre) ou abandonnèrent leurs vignes aux pauvres comme par une sorte de faculté de vaine vendange de 25 à 30 sous la charge » le prix à l’hectolitre fut sacrifié, le blé de même, jeté parfois, voire donné. Mais ces récoltes bénites des Dieux ne devaient pas durer et l’an 1709 vit son lot funeste de catastrophe s’abattre sur ces contrées…

Ainsi, Audibert note : « Mauvaise année » et va même annoncer la « Septième vache maigre » lors d’un nouveau récit. La défaite de Malplaquet n’empêche pas la guerre de continuer et le peuple croule sous les impôts. Notre bon curé en déduit que ce sont là que « Tous les fléaux que Dieu ordinairement châtie son peuple » Ajoutons là une satanée gelée qui détruisit vignes, oliviers et céréales et vous aurez presque les « sept plaies » du Languedoc ! La douceur réputée du climat méridional se mua en une méchante froidure durable qui provoqua un immense cortège de lamentations et fit de répandre la misère aux quatre coins des provinces…de mémoire oncques ne se souvint d’un pareil hiver avec des vents si forts qu’on leur attribua la perte des semences. Quant aux oliviers et les figuiers réputés pour leur robustesse, ils se figèrent sur pied pour rester à jamais stériles. Bientôt on n’entendit plus le soir les bestiaux dans leur métairie, le manque de fourrage allié à un froid extrême vint à bout des plus résistants. Voici ce que rapporte notre bon curé du Limouxin :

 « Le huitième jour de la courante année 1709, commença une gelée si forte que l’homme vivant n’en a vu de semblable : elle dura jusqu’au 21 du dit mois. Les caves les meilleures à peine étaient à l’abri de ce grand froid : le vin se glaçait dans les tonneaux(…), et un gentilhomme digne de foi m’a assuré que, dans son château de Montaut, (il) avait trouvé un flacon d’eau-de-vie entièrement glacée ; Le grand froid faisait fendre les chênes et en se crevassant, faisaient du bruit comme un coup de fusil… Il est rajouté que l’on ne pouvait plus faire de farine et que le Port de Marseille fut entièrement pris sous les glaces ! Fan de chichoune, pauvres Marseillais ! Le froid extrême perdura jusqu’en février et vit la plupart des blés, des vignes et des oliviers périr excepté dans le bas Languedoc et Provence… A Aix L’Orge atteint le prix incroyable de 55 livres la charge et à Limoux le froment quant à lui trouva preneur à 19 livres, tarif exorbitant s’il en fut… Les manufactures sont à l’arrêt, tant à Carcassonne qu’à Limoux, s’habiller n’est plus une préoccupation, se nourrir étant la priorité absolue ! ceux qui avaient emprunté pour semer durent rembourser le quadruple de leur dette, quant au vin, il atteint des prix tels qu’à Limoux, terres viticoles par excellence, l’on s’en étonna grandement au point de créer de vifs mécontentements. Mais le pire restait à venir, l’autorité royale, insensibles à cette disette sans précédent, renforça de plus belle ses prélèvements en faisant payer d’un coup les deux dernières années de taille item pour la capitation qui fut exigée pour les six années à venir ! Ce qui acheva de vider la bourse des pauvres et de laisser une fois pour toute méditer sur leur éternelle fringale en se serrant sur leur pauvre paillasse les manants à l’intérieur de leurs pauvres chaumières…Enfin, pour ceux en tout cas qui échappèrent aux « épidémies de fièvres extraordinaires » qui sévirent dans les diocèses de Toulouse, Carcassonne et Narbonne jusqu’en 1711. On le voit, ces années ont marqué durablement les habitants de ces contrées qui durent faire face à tant de fléaux et de calamités que longtemps l’on s’en souvint et dans les moindres détails, ils furent consignés par Audibert, curé de St-Polycarpe qui nous relate avoir fait même une mission qui dura 3 semaines et à « finy le 7 décembre 1710 par une procession a laquelle j’ai porté le St Sacrement… » Ecoutons-le conclure :

 «…..Au mois de juin de l’année 1713, le blé a valu 20 l, le millet, 18l, les fèves 13 l. La misère a esté fort grande. Le 4 juillet de ladditte année, le bles qui estoit arrivé jusqu’à 24 l, le setier est venu à 20, et le 7, jour de marché, tout à coup a esté a 9 l. Ce qui a causé plus de joye au peuple qu’on a peublié avec l’Angleterre, le Portugal, la Preusse, la Savoye et l’Ollande… »

 

Ouvrage recommandé : Les abbayes du Razès, abbaye de Saint-Hilaire, abbaye de Rieunette, abbaye de Saint-Polycarpe, par André Galaup.

http://academiedesartsetdessciencesdecarcassonne.blogs.midilibre.com/archive/2015/01/09/ouvrage-recommande-les-abbayes-du-razes-abbaye-de-saint-hilaire-abbaye-de-r.html

Lectures : Mémoires de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne TOME VIII 1896

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