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Rennes-le-Château

La pierre de Pailhères Rennes-le-Château

Écrit par Administrateur. Posted in Rennes-le-Château

La pierre de Pailhères- Rennes-le-Château

                                                                    

 

Par un article paru dans  Midi Libre en date du 17 novembre 1971, l’on apprenait l’existence d’une antique roche taillée et gravée au lieu-dit Pailhères sur la commune d’Espéraza et tout proche de Rennes-le-Château. Le voici reproduit :

Pierre de Pailhères

« Les parages de Rennes-le-Château recèlement de nombreuses curiosités. On en découvre encore. Il a fallu l’amabilité d’un jeune homme, Louis Rousset, du domaine de Pailhères, pour nous faire découvrir un énorme bloc de pierre taillée que lui seul connaissait.

En forme de parallélépipède, elle mesure de 60 à 90 centimètres de hauteur, deux mètres de longueur, 1 m. à 1.30 m de largeur à un bout et 80 à 90 centimètres de largeur à l’autre boit. Dessus à un endroit, il semble qu’on y ait creusé  une conque avec un sillon  d’évacuation (maintenant remplie  par les eaux de pluie) ce qui pourrait faire penser  à une pierre à sacrifices. En outre, sur la partie supérieure de ce bloc de pierre taillée sont gravées de nombreux triangles, surmontés chacun d’une croix (genre calvaires)

Cet étrange bloc de pierre se situe au-dessus d’une impressionnante falaise rocheuse qui surplombe les ravins du ruisseau de Couleur, entre Pailhères et Rennes-le-Château, zone fertile en excavations et petites grottes. Autour du bloc il n’y a guère sur trois côtés qu’une étroite niche de 60 centimètres de large pour circuler. Ensuite, c’est le vide vertigineux de la falaise.

Il faut être piloté par quelqu’un qui connait vraiment le lieu pour se faufiler à travers  les buissons épineux par le sentier et arriver dans ce lieu que cachent des arbres.

Pourquoi ce mystérieux bloc à cet endroit ?  Pourquoi ces croix ? D’aucuns penseront à la pierre à sacrifices de quelque culte païen antique, marqué plus tard de la croix signe des chrétiens. Certains évoqueront les Templiers établis à l’époque à Campagne-sur-Aude, au Bézu et sur une bonne partie du plateau. D’autres feront un rapprochement  avec les Rose-Croix. 

Bien curieuse pierre, disons-nous, en laissant à chacun le soin de formuler des hypothèses. »

Evidemment, cette description quelque peu lapidaire se devait d’être plus docte, et cela fut fait lors de l’installation  bien longtemps plus tard de la dite pierre dans un emplacement couvert au centre de Rennes-le-Château. On pouvait lire sur un panneau  disposé en hauteur :

BLOC PREHISTORIQUE

« Sur ce bloc de grès creusé d’un bassin naturel, ont été réalisés par martelage au silex une dizaine de signes cruciformes : 3 croix sur triangle et 8 croix simples.

Il s’agit de figurations anthropomorphes représentant des silhouettes humaines stylisées selon les conventions de l’art schématique préhistorique. Elles sont caractéristiques du néolithique du Sud de la France et dateraient de 4000 à 4500 ans. »

En effet, les spécialistes ne décrivent pas autrement ces gravures : «  La signification la plus répandue correspond aux signes solaires représentée par une croix égale. Une autre signification acceptée actuellement, pour les cruciformes sur rochers, est la représentation anthropomorphe. Ce signe serait une évolution très particulière de l'orant ce personnage anthropomorphe souvent représenté par des trais avec deux bras, deux jambes, avec ou sans têtes ronde. Cette représentation de l'homme extrêmement simplifiée, apparaît dès le néolithique ancien. 

Des voix s’étaient élevées en leur temps pour minimiser l’ancienneté de ce monolithe au vu de la porosité de ce grès et remettre en cause le terme  Pierre sacrificielle ; Il serait intéressant de connaitre l’avis de la D.R.A.C locale.

 Il va de soi qu’on ne trouve pas de mention de cette pierre dans l’excellent ouvrage de René Nelli, Le Musée du Catharisme paru chez Privat en 1966, pas plus dans la réédition de 1991. Mais il signalait parmi les vestiges des temps anciens, outre les fameux graffiti de Pieusse, la croix d’Antugnac et surtout les croix grecques inscrites dans des cercles sur un fragment de poterie trouvé à Rennes-le-Château. Mais il est vrai qu’il était précisé à tort ou à raison que c’était dans un contexte médiéval. L’occupation humaine est très ancienne dans la région et c’est ainsi qu’on a pu mettre à jour quantité de vestiges et de sites insolites recélant des signes gravés par l’homme, remontant pour certains à la période de l’occupation ibérique comme en Cerdagne et plus près dans ce secteur, sans omettre la Roche de la Dreille. Alors, à notre tour d’émettre l’hypothèse d’une pierre dédiée à l’observation astronomique, voire à un culte des eaux ou autre… Quoiqu’il en soit, ces trouvailles sont suffisamment rares pour qu’on en souligne à la fois la préciosité et la nécessité de tout mettre en œuvre pour en assurer la conservation. Mais soyons sûrs que le passé ténébreux de cette région recèle certainement encore dans la profondeur de ses bois de tels témoignages…

Il a été rapporté ça et là, que des vandales auraient poussé vers 1991-92 cette masse dans un ravin proche du Ruisseau des Couleurs. Un simple calcul par rapport à sa masse laisse estimer son poids impressionnant : on doit reconnaitre que ceux-ci étaient assurément très costauds, mais la proximité du vide tel que décrit peut laisser penser que c’est à l’aide d’une barre à mine que le bloc fut déplacé. Une consultation de la carte du canton, nous apprend que la limite territoriale de la commune de Rennes n’est guère loin… Du temps de la mandature de Mr Lhuillier, elle fut récupérée et installée dans le village. En ce temps-là, les inscriptions quoique altérées, étaient dans leur quasi intégralité parfaitement visibles et n’avaient pas le triste aspect actuel. Même si quelques joyeux pique-niques se sont déroulés sur cette table improvisée, on peut se douter que ce ne sont pas des tranches de jambon et quelques paquets de chips qui ont gravement dégradé la surface de la pierre. Il aurait été plus sage évidemment, de prendre des mesures conservatoires pour assurer la pérennité de ce possible témoignage de l’art préhistorique, mais las cela ne fut pas envisagé…

Et ce ne sont pas les multiples déménagements opérés, certainement pour de bonnes raisons on ne peut en douter, qui ont favorisé l’entretien et la conservation de ce rare vestige. En effet, de pierre « roulante » elle eut le triste destin de devenir une pierre baladeuse : Un aimable correspondant local s’en est alarmé et nous a transmis un bref historique de la promenade de cette pierre dans le village ainsi que des photos attestant de cela.

Avec la nouvelle municipalité, l’appentis ayant été transformé en un petit garage communal, il fut décidé de la transporter près du château d’eau. On était en 2012, 2013… Peu de temps plus tard, elle fut posée sur l’herbe dans le terre-plein non loin de la tour Magdala : elle eut à subir là des chocs ayant entrainé une cassure au niveau des gravures. L’on crut sage de l’entourer d’une barrière protectrice et de remettre le panneau. Hélas,  dès celui-ci disparu, la barrière la protégeant se dégradant fut retirée et il fut décidé de redéménager la pierre en face, à l’angle, au-dessus du restaurant le Jardin de Marie. Bancale, elle eut à subir de nouveaux chocs et des olibrius la prenant peut-être pour un barbecue firent brûler des morceaux de bois dedans...

Enfin, la municipalité entreprenant des travaux d’embellissement dans le village il y a quelques semaines de cela, notre pierre baladeuse eut à subir son 6 è déménagement, le sol poussiéreux un peu plus loin que le château d’eau l’accueillant après qu’elle fut jetée à l’envers… L’on devine que bassin et croix ne sont donc plus visibles et qu’en outre des dommages peut-être irrémédiables sont à craindre.

Cet état de fait est évidemment à déplorer, mais n’aurait-t-on pas pu prendre des dispositions aptes à sauvegarder cet élément rare du patrimoine local ? Soyons confiants qu’à l’avenir la municipalité mettra tout en œuvre pour reconsidérer sa politique de conservation des fragiles vestiges du temps passé, qu’il soit proche ou lointain…

                                                                                                                                                                       

Crédit photos : Tony Bontempi / Thierry Tombeur / Sud Insolite

Idée d'étape : Le domaine de Pailhères     https://www.domaine-de-pailheres.fr/