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Ethnologie et langage

Les débris de la langue arabe dans l'Aude

Écrit par Administrateur. Posted in Ethnologie et langage

 

Les débris de la langue arabe dans l’Aude

 

Ecrit par Michel Azens le 17 janvier 2019

 Au XIX è siècle la linguistique semble occuper une place de choix parmi les disciplines des chercheurs de l’époque. Chacun y va de ses certitudes, de ses affirmations, ainsi du plus érudit des savants au plus humble des passionnés, les thèses les plus hardies ont pu s’exprimer et trouver parfois des oreilles attentives. La plupart des ouvrages rencontraient un succès d’estime et leurs auteurs ne ménageaient pas leurs efforts pour en faire la promotion. Beaucoup sont tombés dans l’oubli, et il en aurait été assurément de même avec celui de l’abbé Boudet sans la proximité de l’histoire dite de Rennes-le-Château. Rappelons qu’il avait chargé un certain Joseph du Bourg de remettre son ouvrage à l’éminent savant, explorateur et fin linguiste de surcroit j’ai nommé Antoine d’Abadie[1] qui lui réserva sans surprise un accueil poli. Car l’auteur réservant un chapitre entier à la langue Basque, empruntant çà et là parmi les auteurs l’ayant précédé, avait trouvé en la personne du savant un interlocuteur de premier plan possédant de solides références en la matière. Ajoutons que son propre père avait fait un travail considérable en faisant paraitre un Dictionnaire de la Langue Basque qui fait encore autorité de nos jours.

  En outre Fleury de Lécluse publiant sa Dissertation sur la Langue Basque en 1826 en menant une véritable enquête in situ durant de longs mois, avait mis à jour nombre de publications émises par des chercheurs Basques des plus sérieux à certains jugés poliment plus approximatifs dans leur démarche. Ainsi citant et commentant longuement l’abbé d’Iharce de Bidassouet et sa publication Histoire des Cantabres ou des premiers colons de toute l’Europe[2] il ne pouvait s’empêcher de démontrer la fragilité des interprétations parfois fantaisistes de l’auteur. Il est vrai que celui-ci en affirmant que l’île de Paphos tire son nom d’un mot Basque signifiant crapaud et Versailles d’un autre mot signifiant chaudron en déduisant que la ville avait été formée par des chaudronniers( !) donnait du grain à moudre à l’illustre professeur qui ne manquait pas de conclure par Risum teneatis !...

 Ce brave abbé en précurseur du système plus tard pratiqué par Boudet démontrait également en donnant l’étymologie du mot Escualdunac, désignant les habitants du Pays Basque, –Escu main, alde favorable, dunac ceux qui en ont, concluait bravement que les Basques excellent encore dans les exercices de la guerre et de la paume !... Et que penser de son affirmation que Paris (la ville) est Basque ? Et bien qu’argumentant que Lutetia, syncope de lot-hetzia, le premier étant un verbe signifiant s’attacher, le second lui un adjectif Hez Hezia, vert, gluant, attachant, mon tout étant une ville située sur une boue ou gâchis gluant, attachant, il ouvrait la voie aux énormités auxquelles notre celtisant Audois devait participer allègrement 60 ans plus tard. Rouen, Arras, digne et bien d’autres villes ne devaient pas échapper à la savante sagacité du brave abbé moqué par Lecluse.

  Evidemment, il passait déjà en revue les Grecs grand fabricateurs de fables, les Phéniciens nation avare, les perfides Carthaginois, les Romains et les Goths sans omettre les hordes Africaines et enfin, les Francs et tous les peuples qui envahirent successivement l’Espagne s’exclamant devant leur disparition et concluant que les Basques eux sont restés fièrement debout. La langue que parlait Adam ? Celle des Basques…

 On retrouvera tout ce catalogue avec un système identique bien plus tard en 1886 dans l’ouvrage d’Henri Boudet… Celui-ci en fin lecteur des ouvrages du sujet s’en est certainement inspiré pour sa Vraie Langue Celtique. Il ne devait pas ignorer en outre les écrits de Mr Azaïs président de l’Académie de Béziers qui lui était tout occupé dans un bulletin par un travail sur la formation et le développement du langage des hommes, croyant mordicus à l’unité de l’espèce humaine, à son émanation d’une espèce unique et par conséquent à l’existence d’une langue primitive. Il faisait remarquer en outre que dans les patois Languedociens il y avait une prodigieuse quantité de mots et d’expression tirées de la langue Hébraïque…

 Eusèbe de Salle,[3] membre correspondant des Mémoires de la Société des  Arts et des Sciences qui rencontra le président en descendant le canal du midi en 1849, avait là un interlocuteur l’inspirant quant à lui pour chercher dans les dits patois les débris Sarrasins, à savoir les restes d’une langue sémitique très-proche et parente de l’hébreu. Dans un long développement, évoquant Sem et Cham, les Scythes, les Egyptiens et tant d’autres, Mr Azaïs  affirmait que les vieilles civilisations d’Europe et leurs idiomes si elles avaient quelques rapports fortuits avec l’Hébreu en avaient bien plus avec le Sanskrit !

  Faisant une critique mesurée des affirmations de son compagnon de voyage, Eusèbe de Salle tenait quand même à donner ses conseils pour je le cite «… ne pas grossir la liste, hélas ! si nombreuse, des Icares de l’étymologie… » On sait dorénavant, qu’il fut peu entendu…

 On connait les mots arabes adoptés par le Français parmi lesquels amiral, alambic ; almanach, alcali, magasin et tarif sont parmi les plus familiers. A Carcassonne, le règne des  Maures, comme chacun sait, dura environ 70 ans. Si les sarrasins ramenèrent chez eux plusieurs noms romans, ils en laissèrent chez nous de nombreux : buffequi, dans le sens de stérile, impuissant, essoufflé venant de buffa, souffler et qui sait qu’un petit jouet nommé Esterbel, signifiant en arabe, échange, va et vient, se jouait à Carcassonne avec deux noix dont l’une tourne dans l’autre à révolutions alternatives. Parmi les plus curieux, citons tout de même tchafaret, bruit de taverne venant du mot arabe servante, femme libidineuse, et sagan, tapage bacchanal, qui émane de sagan, prison, vallée de l’enfer… il est remplacé à Marseille par ramadan, carnaval nocturne des musulmans. Pousséz balle de blé, ballot, proviendrait d’après l’auteur du persan pous ! Quant à notre artichaut, escarchofa, c’est rien de moins que le karchouf de barbarie ; comme la flotte de Suffren rapporta gamin du Golfe Persique, Noria est un puit à roue en arabe comme en Espagnol. Dans l’Aude, le plâtre s’appelle encore djeis, le pourceau tessou, diminutif de taîs, bouc, animal immonde. Un besoin urgent ? Couito, en arabe caouict, violence, force… Un champ défriché  graÏt  comme l’arabe graÏt, terre meuble, jardin.

 

Babou, Azaïs, Maraval et Denarnaud regardent l’Al Aric…

 Les noms propres dans l’Aude, les sobriquets provenant de l’arabe, sont légions, jugez-en donc : abbou et babou, père, Albouy, faiseur de mesures, Aldouy, templier, contrefait en arabe par adouy, mon ennemi, Azem, excellent, Ambry, liquoriste, Azaïs, chéri, Alliès, le lion, l’intrépide, Albarel, l’avare, Alboize, le fauconnier, Jaoul, l’ignorant, Razoul, vilain, Mazar, raffiné, Maza, élégant, Gazel, gazelle, Massouty, heureux, Marfan, qui saigne du nez, Maffre, domestique, Maguès, mage, Mahous, borgne, Sicre, ivrognerie, Abadie, servitude, Catuffe, fort d’épaules, Maraval ? Qui a des surdents… Marabal, Reboul, verdure, verdoyant, Mahul répandu, prédestiné, Mandoul, transporté, etc… Et l’auteur de rajouter que si nombres de bourgs et de ruisseaux ont gardé leur nom celte ou latin le Sommail dénommé par un chef Maure schoumaîl, vent du nord, voire Samakil, Samuel. Les villes ? Homps, identique à Homs, ville sur l’Oronte (Syrie), Leuc, Léouc c’est le beurre frais, Loupia, le haricot, Albas le faucon, Moux, chauve, Azille, îlot de sable. Quels évènements ou les souvenirs d’un chef ont nommés Ouveillan, Elwaîata, la malédiction, Bize, la fuite, Olonzac, Elmouzaccac, la déchirée, démantelée ?

 Dans un rare ouvrage dédié à Pierre et Maria Sire, Pierre Basiaux Defrance[4] nous confiait  aussi ses remarques en nous disant « qu’une des plus  curieuses montagnes de l’Aude aurait conservé, dit-on le nom d’Alaric. Il serait prudent d’écrire « Al Aric » et de reconnaitre que ce mot est arabe : l’article Al correspondant à l’article Gaulois Ar »…[5]Alzigne, Alaigne et Alzonne sont parmi les autres exemples à citer…

 Quant à Louis Fédié[6] il évoquait le Château des Maures bâti à l’entrée du passage appelé le Col de St-Louis parmi les rares vestiges militaires identifiés dans le Haut Razès.  Voisines, les ruines de Castel Fizel (fidèle) étaient également mentionnées. Et lui aussi s’accordait pour dire que la domination Sarrasine avait laissé bien des traces dans le langage et les noms d’hommes en ce Haut Razès. En sus de certains noms cités, il évoquait quant à lui le mot patois den, issu du mot arabe ben, ex : Yacoub-ben-Ismail : Jacob, fils d’Ismaël. Ne disait-t-on pas dans le patois du Haut Razès Paul den Durand ? Cette locution employée jadis dans beaucoup de localités est ainsi à l’origine de la formation de noms patronymiques tels que Denjean, Denarnaud, signifiant dans le principe fils de Jean, fils d’Arnaud…

 Nous avons évoqué plus haut Le Château des Maures, vraisemblablement édifié d’après Louis Fédié après leur défaite de Poitiers et plus tard celle de Narbonne construisant ainsi leur dernier rempart fermant l’accès à l’Espagne à la Septimanie. Il est évident que ceux-ci dans leur retraite ont dû emprunter les divers chemins menant aux Fenouillèdes… On doit se souvenir qu’à ce sujet, dans la Table d’Isis,[7] l’auteur Jean Luc Chaumeil avait reçu de la part d’un correspondant un étrange courrier l’avisant de ses lectures alors qu’étudiant en Algérie il avait appris dans un manuel d’Histoire le passage d’un certain Abdéramane signalant la présence de sources chaudes dans la région traversée lors de sa retraite.

 Mais ceci est une tout autre histoire…

 Sites utiles : Josiane Ubaud - http://www.josiane-ubaud.com/ALI-ARABE.pdf

 http://www.universcience.tv/video-les-images-les-images-des-sarrasins-se-noircissent-16847.html

 

 

 



[1] Voyage au centre de l’Affaire Ed Pegase M AZENS 2014.

[2] Abbé d’Iharce de Bidassouet  PARIS chez Jules Didot Ainé 1825.

[3]  Lettre à Mr Cros-Mayrevielle : Mémoires  SAS Tome I Pomies Imprimeur 1849.

[4] La butte sacrée de Carcassonne, Les Hauts-lieux des Gaulles Edition de l’Onde, Carcassonne Cité, 1947.

[5] Lire dans nos colonnes : Du nom d’Al aric…

[6] Etude Historique sur le Haut Razès Mémoires SAS T IV 1878, 63 et suiv.

[7] Editions Tredaniel.

 

Pyrénées-Orientales. Estagel. Jacques Arago ou l’art du lipogramme… avant la lettre.

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Des trois frères du fameux savant catalan François Arago (1786-1853), astronome et homme politique, Jacques (1790-1855) fut, peut-être, la personnalité la plus atypique de cette fratrie. Sans aucun doute, il fut un voyageur inconditionnel, ses expéditions maritimes furent nombreuses. Malheureusement, ses difficultés de vision l’obligèrent à une vie plus sédentaire. Il se fixa donc à Paris, en 1821, et s’occupa de travaux littéraires.  Il produisit aussi pour le théâtre...

Pyrénées-Atlantiques. Aas. Un langage disparu à jamais dans les Pyrénées, par Michel Azens.

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Cela peut paraitre extraordinaire de nos jours, mais un langage sifflé existait bel et bien dans le Pyrénées jadis. Il s'est perpétué jusque dans les années soixante, parmi les bergers de la petite commune d' Aas, près de Laruns, dans la belle vallée d'Ossau. La légende rapporte que ce serait une bergère qui, souhaitant appeler à l'aide, aurait inventé ce langage. Dès lors les bergers l'utilisant furent nommée les "Sioulates".